La Droite existe-t-elle encore?

Christian Vanneste
Président du RPF, député honoraire
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imagesL’un des poncifs du microcosme médiatique est la disparition de la frontière entre la droite et la gauche. Les palinodies qui ont jalonné le vote de la Loi « Macron » peuvent conforter cette idée « tendance ».  Une loi saupoudrée de libéralisme a été proposée et soutenue par la majorité de gauche. Des députés de « droite » se proposaient de la voter. Les gardiens du temple marxiste s’y opposaient. Finalement, le 49/3 a redessiné les contours de la majorité PS/verts et de l’opposition UMP, FN, extrême-gauche. Mais ce clivage mécanique n’est pas celui de la droite et de la gauche puisque les communistes sont dans l’opposition et que le FN  prend sur le plan économique des positions qui sont de moins en moins « droitières ».

Cette confusion, parmi tant d’autres, est le signe de notre époque. Pourtant, la clarté de la vie politique bénéficierait d’une définition nette des termes de gauche et de droite. Je n’ai jamais ressenti la moindre difficulté à me situer à droite. A mon sens, cette position repose sur trois piliers : le conservatisme dans le domaine des valeurs sociales, le libéralisme économique et le patriotisme. A la création de l’UMP, la réunion des démocrates-chrétiens, des giscardiens et des gaullistes correspondait assez à la fusion de ces trois valeurs. Mais ce sont malheureusement d’autres aspects des partis d’origine qui se sont imposés : la fuite en avant vers le fédéralisme européen des centristes, le pragmatisme électoral de ceux qui ont encore le front de se prétendre « gaullistes », le progressisme de libéraux plus enclins à saper les valeurs qu’à libérer notre économie.

Les derniers débats qui ont agité notre société ont montré combien celle-ci avait perdu les repères qui permettent des choix intelligents et responsables. L’une des valeurs qui fondent la droite est la famille. L’anthropologie justifie la distinction et la complémentarité des sexes. Les variations sociologiques dans le temps et l’espace des comportements liés à l’appartenance à un sexe ne touchent pas l’essentiel. Le modèle chrétien du mariage unissant un homme et une femme pour la vie est certes une donnée historique, mais ses avantages méritaient d’être conservés alors qu’ils sont systématiquement remis en cause. La famille qui en résultait offrait le cadre d’une égalité et d’un respect mutuel entre les sexes, donnait aux enfants un milieu éducatif équilibré et durable, faisait la synthèse entre les exigences démographiques et la sécurité nécessaire à l’épanouissement personnel. Si les comportements individuels pouvaient compromettre l’institution, comme c’est toujours le cas, une conception politique attachée à la personne, mais refusant l’individualisme, soucieuse de liberté mais privilégiant le Bien Commun au détriment des caprices individuels, se devait de défendre et de promouvoir une politique conservatrice dans ce domaine. L’avortement banalisé, le divorce facilité, le mariage dénaturé, la multiplication des situations intermédiaires entre l’individu et la famille ont détricoté le tissu social, fragilisé les solidarités, accru les inégalités et les difficultés qui en résultent.

Comme l’a montré Tocqueville, le libéralisme n’est pas strictement individualiste. Car la foule des individus préoccupés de leurs « vulgaires plaisirs » va se tourner vers l’Etat-Providence pour obtenir de lui ce que ne lui fournissent plus les solidarités intermédiaires qui auront disparu. Il y a une complicité entre le « libertarisme » destructeur de la famille et la social-démocratie de l’Etat qui accompagne et qui assiste des « citoyens » qui demeureront perpétuellement des enfants. Le dynamisme économique a moins besoin d’individus détachés de tout ancrage géographique ou familial et prêts à se soumettre aux exigences du marché que d’acteurs autonomes, libres et responsables, qui tireront de leur famille à la fois le soutien et la motivation de leur réussite. De ce point de vue, le capitalisme familial, lorsqu’il conduit à la création d’activités qui pratiquent la participation de leurs employés aux bénéfices et au capital des entreprises qui les mettent en oeuvre, est un modèle. Il repose sur la synthèse de la la liberté économique et des solidarités nécessaires à la vie sociale. Dans ma région, un célèbre groupe de distribution correspond assez à ce modèle. Ce n’est pas un hasard si son fondateur, Gérard Mulliez,  est partisan de la TVA sociale permettant à la fois d’alléger les charges du travail et de continuer à financer la politique familiale. Ce sont les activité économiques, les entreprises qui créent les richesses. Abaisser le coût du travail, diminuer la pression fiscale en réduisant la dépense publique et le périmètre de l’emploi public, simplifier les codes qui encadrent l’activité économique sont aujourd’hui des exigences vitales pour notre pays. La prétendue « droite » ne l’a pas fait. La « gauche » en parle mais n’aura pas les moyens de le faire. Cette révolution libérale n’est pas dictée par Bruxelles, mais par le bon sens qui constate que partout dans le monde de telles politiques réussissent.

Or, une politique est avant tout nationale car elle dépend prioritairement du gouvernement à qui la nation a remis le pouvoir souverain de la conduire. Elle doit également être patriote, c’est-à-dire, dans la compétition mondiale, privilégier les intérêts de cette nation, de ce pays. La préférence nationale n’est pas un gros mot, ni une ineptie, c’est la règle de conduite qui s’impose naturellement à tout gouvernement, étant entendu que le compromis, la réciprocité et l’attention aux intérêts des autres sont nécessaires pour servir au mieux les siens. Le patriotisme, c’est aussi la reconnaissance des autres patriotismes. L’empressement à dissoudre le peuple dans une structure fédérale ou à nier son identité à travers l’Histoire sont incompatibles avec la démocratie. Pas de pouvoir du peuple, si le peuple n’existe plus, s’il n’a plus la conscience collective d’un destin particulier dans le devenir du monde.

 

 

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