Changer de chef ? Non, changer de France !

Bruno Bertez
Analyste financier anc. propriétaire Agefi France

Les titres de l’actualité ne sont divers qu’en apparence. Tout se tient, tout est manifestation du même mal, le mal français.

La France n'est pas seulement divisée en droite et gauche, « elle marche à côté de ses pompes ». Excusez cette expression, dans sa vulgarité, elle exprime au plus près notre pensée. Les élections se gagnent par le mensonge et l'invective, les médias font de l'audience par la flatterie, mais le pays et la crise, eux, se gèrent, ou devraient se gérer, par le recours à la vérité, au bon sens et au courage. Essayons d'introduire un peu de lucidité.

Dans les derniers mois du règne de Sarkozy, ce lépreux, il avait tous les défauts, tous les vices. Rien, dans sa personne ou son action, ne trouvait grâce auprès des Français et, bien entendu, auprès des médias.

A l'inverse, le peuple n'avait d'yeux que pour Hollande.

Peu importait que son analyse de la situation soit inexistante.
Peu importait que le personnage soit falot.
Peu importait que ses propositions soit une catalogue d'âneries à la Prévert.

Un an plus tard, la popularité et l'adhésion à la politique de Hollande sont au plus bas, on dit même qu'elles touchent des records absolus. On serait autour des 70 à 75% de rejet.

Sarkozy, lui, remonte. On le regrette et on lui prête une adhésion qui l'autoriserait à se remettre en selle et à participer à nouveau aux joutes politiques.

Est-ce que cela ne mérite pas réflexion?

Voici quelques remarques.

Le rejet de Hollande est complexe.

Les électeurs de droite le sanctionnent en raison de son action clivante. Il a repolarisé la France, il l'a coupée en deux, il a ressuscité les vieilles lunes de la lutte des classes revue et corrigée par les envieux et paresseux et déviants de tous bords.

La société civile lui en veut de sa destruction des bases de la famille, de l'héritage, du mariage, de la filiation, des confiscations, de la mise en avant des minorités anti-modèles.

La clientèle de gauche est furieuse, elle a le sentiment d'avoir, une fois de plus, été bernée et que les promesses de campagne ne sont pas tenues. C'est Mélenchon qui exprime le mieux cet aspect et, à un moindre degré, la Première gauche du parti socialiste.

Pour couronner le tout, c'est l'ensemble du pays qui lui en veut, à lui, Hollande, et à son gouvernement, de n'avoir aucun résultat en matière économique, le chômage galope, le pouvoir d'achat recule, l'insécurité et la précarité économique poursuivent leur progression. On ne prépare plus l'avenir. On consomme les bijoux de famille. On s'abaisse.

Sans parler des atteintes aux libertés et à la liberté.

Qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que les médias et les Français ont porté au pouvoir quelqu'un qui n'avait rien compris à la crise. Qui n'avait aucun scrupule pour monter sur le trône et satisfaire ses ambitions. Qui n'a rien appris des erreurs de Mitterrand et de 1981/1983. Il a endossé le paletot de Sarkozy en termes de gestion, il a chaussé les patins de Mitterrand en termes d'idéologie et le tout avec une personnalité sans charisme, sans atouts personnels.

La droite voudrait abréger le mandat de Hollande, le réduire à l'impuissance, en faire une potiche. Elle ne songe qu'en termes de revanche et de vengeance. Comme si l'on pouvait défaire ce qui a été fait et renier ce qui a été dit. Comme s’il y avait une solution institutionnelle.

La gauche voudrait que l'on tienne les promesses implicites de la campagne et les promesses explicites de Mélenchon et Montebourg. Ah, le fameux rapport de forces de la rue, cher à ces imbéciles. Ils voudraient en quelque sorte la rupture des engagements internationaux, le repli, la fermeture des frontières, le « nein » à l'Allemagne, etc. Mais cette gauche se refuse à sauter le pas, elle veut le beurre et l'argent du beurre et, comme on dit, elle veut certainement aussi sauter la crémière. Placée exactement dans la même situation que Mitterrand avant ses dévaluations, elle conteste la discipline et les contraintes européennes, mais elle n'a pas le courage de dire la vérité : pour retrouver une liberté de choisir son destin, le pays doit sortir de l'euro. Il doit oser affronter son destin.

La société civile n'a rien compris, rien appris. Elle reste sur son nuage, elle rêve de solutions miracles, d'hommes providentiels. Entretenue dans ses illusions, elle refuse la remise à plat des systèmes sociaux inefficaces et dispendieux, la liberté de gérer des entreprises, la suppression des 35 heures, les réformes du droit du travail, la restauration des valeurs d'effort et d’apprentissage, etc. Bref, elle refuse tout ce qui, de près ou de loin, serait une atteinte aux droits acquis à crédit, y compris le droit de ne rien faire et de vivre aux crochets de son prochain.

Bien malin celui qui pourrait obtenir une authentique adhésion, un vrai mandat, pour gérer le pays dans ces conditions. Il ne pourrait gérer, au mieux, que sur un malentendu, lequel ne durerait pas longtemps. Ce que nous voulons souligner, c'est que le pays est ingérable. On s'obstine à pratiquer une fausse alternance, alors que ce qu'il faut, c'est changer de France. De culture, de société. Peut-être même, faut-il aussi changer d'histoire car la mémoire collective biaisée que les Français ont de leur histoire est un handicap pour leur avenir. A force de se mentir sur son passé, on devient inadapté, incapable de se situer, de prendre la mesure de ses atouts et de ses handicaps.

On peut conquérir le pouvoir par les promesses, les illusions, les mensonges, mais cette conquête ne donne aucun mandat pour agir dans un sens ou dans l'autre. Ce mandat n'est qu'un mandat de parler, mandat de « tchatcher ». On constitue des majorités qui sont collections de minorités, même pas complémentaires, et on se retrouve au pouvoir, impuissant, ligoté par le processus même qui a conduit à la fausse victoire, véritable défaite.

La France ne peut élire de chef, parce que, non seulement elle est divisée, mais, en plus, les citoyens, au-delà du clivage droite/gauche, veulent des choses contradictoires et impossibles.

Le secret de la dette, du crédit, c'est qu'ils donnent la possibilité de croire que tout est possible, tout est possible en même temps, tout de suite, sans que l'on ait à choisir. Hélas, le temps du crédit joue les prolongations, mais, fondamentalement, il est fini. Il vit ses derniers mois. Qui a le courage de le dire?

En attendant, plutôt que de le reconnaître, d'en tirer les conclusions et de l'accepter, on invente un nouveau mythe, un rêve. L'Allemagne paiera. Ah, les eurobonds, ah la fin de l'austérité, ah la priorité à la croissance, et toutes ces déclinaisons du refus de la réalité. Qui dit que si l'Allemagne paie, ce sera encore pis, qui dit que si l'Allemagne paie, l'addition sera encore plus lourde, puisque ce sera au prix de la perte de souveraineté? Personne.

Bruno Bertez

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