Un homme, une femme

Girouette opportuniste ou vrai parti des valeurs conservatrices ? Le conseiller national valaisan et président du PDC suisse, Christophe Darbellay, dit tout des nouvelles initiatives de son parti et hisse haut les couleurs de la famille. Reste néanmoins cette impression de double langage, les deux défenses, morale et fiscale, de la cellule familiale se soutenant l’une l’autre dans une sorte de compromis qui n’a rien de fondamentalement clair.

Si répondre sur l’injustice fiscale entre couples mariés et non mariés, quand on est interrogé sur ce pavé dans la mare de la définition du mariage, peut relever d’une certaine rhétorique de l’échappatoire, le fait est que Christophe Darbellay ne se cache ici de rien et qu’il n’a jamais paru, au chapitre des valeurs, si transparent qu’aujourd’hui.

Un PDC régénéré, donc, par son « C », qui paraît bien déterminé à ne s’en laisser conter ni par la Gauche ni par les « milieux homosexuels », qu’il tient à rappeller d’ailleurs au bon souvenir des engagements pris il y a 6 ans. Mais est-ce à dire que ceux qui prévoyaient que ces mêmes engagements ne seraient pas tenus avaient raison ?

Interview

Les Observateurs: - L'initiative populaire fédérale « Pour le couple et la famille – Non à la pénalisation du mariage » veut inscrire la définition du mariage comme « une union durable et réglementée par la loi d’un homme et d’une femme » pour quelle raison ?

Christophe Darbellay: Les deux initiatives du PDC visent à supprimer la discrimination financière des couples mariés par rapport aux concubins. Il n’est pas acceptable qu’un « oui » pour la vie conduise à une hausse d’impôts ou à un abaissement des rentes AVS. Pour supprimer la discrimination du mariage, il faut d’abord définir ce qu’on entend par « mariage ». La formulation dans l’initiative – « Le mariage est l’union durable et réglementée par la loi d’un homme et d’une femme » – n’est pas l’invention du PDC, mais s’inscrit dans la continuité du droit suisse qui distingue le mariage et le partenariat enregistré entre couples de même sexe.

La définition du mariage comme l’union durable entre un homme et une femme est déjà contenue dans la Constitution révisée en 1999. Lors de la votation sur la nouvelle Constitution fédérale, le Conseil fédéral, le Parlement et le Peuple ont expressément interprété et défini le mariage conformément à l’article 12 de la Convention européenne sur les droits de l’homme. Ce texte figure dans le message du Conseil fédéral sur la nouvelle Constitution fédérale, publié le 20 novembre 1996 (pages 154 et 155). La volonté du PDC n’a jamais été de remettre en question cette définition mais bien de mettre fin à une injustice envers les couples mariés.

- Cette définition existe déjà à l'art. 12 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui est partie du droit suisse. Qu'ajouterait une inscription dans la Constitution fédérale ?

Le PDC veut la suppression de la pénalisation du mariage et comme ni le Parlement, ni le Conseil fédéral n’en ont voulu pour l’instant, nous n’avons pas d’autre choix que de modifier la Constitution en déposant une initiative populaire munie de plus de 120'000 signatures.

- L'Etat semble s'arroger des droits sociaux toujours plus étendus, lui revient-il vraiment de définir ce qu'est ou non le mariage ?

En l’occurrence ce n’est pas l’Etat qui s’arroge de nouveaux droits, mais bien le Peuple et les Cantons qui décident et définissent une volonté. Contrairement à ce que prétendent la Gauche et les milieux homosexuels, notre intention n’est pas de redéfinir le mariage mais bien de supprimer une discrimination touchant les couples mariés. J’aimerais que le Peuple puisse se prononce sur cette question-là. Ce débat ne doit pas être détourné de son véritable objectif: un soutien clair au mariage et aux familles de la classe moyenne. Si certains milieux veulent remettre en question les décisions du Parlement et du Peuple sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe, libre à eux de le faire. J’estime quant à moi que les choses ont été clairement décidées il y a 6 ans. Le PACS n’est ni un « mariage bis », ni une porte ouverte à l’adoption d’enfants. Nous avons fait cette promesse au Peuple. Nous la tiendrons.

- Adoption et procréation médicalement assistée mises à part, la Loi fédérale sur le partenariat enregistré entre personnes de même sexe (LPart) accorde exactement les mêmes droits qu'un mariage. En 2005, le PDC avait majoritairement soutenu la LPart. Cette velléité de définition du mariage comme union exclusivement hétérosexuelle tient-elle du regret ou de la simple manœuvre pour éviter l'hémorragie de l'électorat conservateur ?

Pas du tout. Il ne faut pas tout mélanger. Si le PDC a défendu en majorité la Loi sur le partenariat enregistré, il a toujours défendu une définition « classique » du mariage que d’aucuns jugent aujourd’hui à tort ultra conservatrice. Dans une Suisse en proie au vieillissement et à la dénatalité, nous voulons donner un signal fort aux familles et à la classe moyenne. Renforcer le mariage, la famille et la classe moyenne, c’est renforcer la Suisse et ses valeurs.

Le PDC s’était engagé en faveur de l’introduction de la loi fédérale sur le partenariat enregistré (LPart) et pour nous il va de soi que si l’initiative est adoptée, les couples de même sexe, liés par un partenariat enregistré, en bénéficieront également. Je ne comprends donc pas la polémique entretenue inutilement par les milieux homosexuels.

- Quelles sont aujourd'hui les positions du PDC vis-à-vis de la procréation médicalement assistée et de l'adoption d'enfants par des homosexuels partenariés ?

En matière de procréation médicalement assistée nous avons une position prudente. Nous tenons à ce que la mise en œuvre du progrès médical soit discutée et encadrée de principes éthiques clairs. Le PDC participe au premier plan à cette discussion éthique, morale et sociétale. Qu’une femme seule de 65 ans veuille à tout prix enfanter me semble par exemple indéfendable. Concernant le diagnostic préimplantatoire, nous prônons une pratique réglementée de manière claire avec des limites. Une utilisation systématique comporte le risque de sélection ou d’eugénisme. La possibilité de créer des enfants sur mesure est éthiquement inacceptable.

- L'on a longtemps reproché au PDC d'avoir jeté son "C" aux orties, cette initiative sonne-t-elle le "come back" de la démocratie chrétienne sur le champ des valeurs conservatrices ?

Nous ne l’avons jamais quitté. Nous n’avons pas jeté le « C » aux orties. Ne vous fiez pas à ce que disent nos adversaires et qu’une certaine presse répète à l’envi ! Ne vous fiez pas à ce qu’en disent parfois l’Eglise qui sur certains thèmes (politique des étrangers et de l’asile, impôt sur les successions) soutient la Gauche. Je le regrette. J’ai du mal à comprendre que dans un pays fondé sur des valeurs chrétiennes – la liberté individuelle, le respect du plus faible, la subsidiarité – on doive justifier chaque deux phrases son appartenance au PDC qui assume aussi son « C », son histoire et ses valeurs. Où est le problème ? Le « C » signifie le respect de l’homme, c’est-à-dire d’une dignité humaine qui échoit à tout individu, indépendamment de son âge, de son sexe, de sa nationalité, de sa religion, de sa situation sociale ou de ses performances.

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