50 millions de blogueurs, et moi et moi et moi…

Uli Windisch
Rédacteur en chef

Chacun mon blog! La tendance est bien réelle et elle comporte des aspects intéressants et significatifs. On ose enfin s’exprimer, on s’expose et parfois même on sexe pose, du moins sur certains réseaux….

La plus belle plante du monde vous tend les bras avec un sourire qui tranche quelque  peu avec une éventuelle grisaille quotidienne. Que du bonheur! Certains ont très vite compris qu’on pouvait se faire de l’argent avec ce marché, quitte à embellir un peu, ou beaucoup, l’offre. Tant pis pour les nigauds.


Tant mieux si cette frénésie blogueuse développe la communication, les échanges, la fraternisation, même virtuelle avec des milliers d’«amis». Mais qu’en reste-t-il? C’est tout de même fatiguant, épuisant; on pense rester quelques instants «en contact», et finalement on va se coucher à point d’heure et se réveille avec la gueule de bois. C’est aussi cela la liberté, grâce aux blogs! Mais elle s’userait sans eux? Ok, on peut se faire plaisir mais quand même; l’usure serait-elle vraiment vitale? Publiez! publiez! Mais en restera-t-il quelque chose? Les premiers  moments peuvent être fascinants.

Mais après quelques temps que reste-t-il ?
Un blog c’est une personne. Chacun est intéressant. Mais on risque aussi de se répéter, de s’épuiser;  on finit par reconnaître un blogueur, avant même de l’avoir lu. Encore lui? Avec ses obsessions? surtout lorsque la personne fait, en plus, en sorte d’être reprise partout. Tant elle pense que ses éruptions affectives embrasent des milliers de personnes, on avance même des dizaines de milliers de personnes en attente quotidienne du sésame qui tomberait du blog tant attendu. On se demande parfois quand certains trouvent le temps de travailler. Comment peut-on s’occuper de tous les bobos quotidiens de milliers d’amis?

Il y a blog et blog

Certains blogs politiques tenus par des intellectuels  et des journalistes de renom apportent vraiment des éléments de réflexion et d’analyse importants et stimulants. Il faut bien reconnaître que la France, au bénéfice d’une population 10 fois plus élevée, peut en fournir de remarquables.
Les médias traditionnels développent, eux aussi, la pratique blogueuse et font même dans le ranking: qui est le plus lu? Cette course contribue-t-elle réellement à l’enrichissement de l’espace public. Sans doute, mais ce qui m’insatisfait quelque peu, c’est la dimension souvent locale, pour ne pas dire micro-locale des propos.

La pratique s’étend même à certaines formes de journalisme, fortement centré sur le personnel politique local. La mécanique est simple: on met face à face deux politiques opposés, qui se détestent si possible, et la musique  est en marche, l’émission assurée; chaque politique veut et doit se faire connaître. L’animateur peut même devenir craint: surtout lorsqu’il loue et condamne. Un jour, on s’enthousiasme pour un jeune élu que l’on dit prometteur et quelques temps après, forcément déçu, car les surhommes et les «surfemmes» sont rares, on morigène et excommunie.

L’aiguisement des luttes interpersonnelles permet souvent d’éviter de traiter de manière plus poussée les problèmes graves et brûlants qui, eux, inquiètent vraiment la population. On crée de l’animation et de l’agitation interpersonnelle, sans se mouiller sur les problèmes  politiques à risques, qui peuvent valoir impopularité.

Journalistes  localiers et enjeux globaux

Encore une fois, le local est important et il existe de bons localiers; toutes les personnes sont intéressées par leur milieu le plus immédiat, même si ce n’est pas en premier lieu par le combat des chefs. Mais si  l'on est  préoccupé par l’immédiat, on l’est aussi, pour ne pas dire plus, par les problèmes  et enjeux plus généraux, par les puissantes et dures réalités sociales, culturelles, économiques et sociétales  qui déterminent nos vies singulières de manière marquante, déterminante, quotidiennement.

Nos objectifs:de la tchatche à l’analyse approfondie

Pour notre part, avec notre plateforme internet, tout en ne voulant pas négliger les problèmes locaux, et sans nous appesantir sur leurs aspects interpersonnels, nous aimerions nous situer  le plus souvent possible au niveau de ces  problèmes et enjeux  sociétaux  plus fondamentaux et déterminants. Proposer et rechercher des analyses qui apportent des éclairages permettant de mieux comprendre ce qui se passe réellement et en profondeur autour de nous,  mieux saisir et comprendre  de quelle nature sont les attentes et les espoirs de la population. Bref, trouver des personnes qui osent se lancer et écrire afin de faire bénéficier une population plus large de leurs compétences dans les domaines de préoccupation les plus divers.

Notre souhait: que des personnes, spécialisées ou non, mais  qui ont des  questions et des  réponses originales et stimulantes à formuler, prennent le risque de les exposer et de mettre ainsi à l’épreuve  leur savoir  et connaissances. Contribuer à la création de SENS au milieu du chaos et du brouillard socio-politique ambiants. Aider à retrouver  la force, le courage et la détermination nécessaires  pour agir et cela  sur la base de constats et de diagnostics pertinents et audacieux. Avec le nombre nous devrions arriver à créer un véritable courant de pensée, tant attendu nous dit-on.

Quels articles et quels commentaires?

On souhaiterait éviter que les commentaires soient simplement une occasion de plus de réagir au quart de tour sous l’emprise de l’affectivité et de la volonté d’en découdre. Souvent  les commentaires consistent à interpeller un pré-opinant et après quelques interactions on s’éloigne du sujet et on parle de tout autre chose. L’avancée n’est pas toujours évidente même s’il y a souvent des aspects intéressants et s'il faut que la possibilité d'expression soit donnée aussi largement que possible, mais toujours dans le cadre défini. Avec «la montée des profanes», ceux qui ont quelque chose à apporter doivent pouvoir intervenir. Il nous faut cependant organiser un  peu ce foisonnement verbal et ce festival interactif.

Cela doit certes se faire avec bonne humeur et plaisir, non dans le défoulement incontinent.

Oser prendre le risque de dire et surtout d'écrire sur des réalités désagréables sans gêne et sans le politiquement correct, peut apporter une grande satisfaction tout en participant à faire avancer la résolution des problèmes qui font souffrir le plus grand nombre.

Limites des blogs et puissance des réseaux

Pour reprendre l’exemple  des blogs et des réseaux sociaux, nous les préférons lorsqu’ils servent et  incitent  à participer à l’espace public et délibératif, et donc à contribuer à la résolution de nos problèmes  majeurs.

Nous les préférons aussi lorsqu’ils servent par exemple à générer de larges rassemblements et quasi instantanés pour défendre une cause, par exemple la liberté comme en Afrique du Nord et dans beaucoup d’autres  lieux opprimés ces temps.

Cette activité-là n’était pas non plus possible autrefois: aujourd’hui en un temps record, on peut  appeler au rassemblement massif, avec parfois la chute d’un dictateur en bout de course, et cette course-là est risquée, exposée  et citoyenne.

On se bat plutôt que de se rabattre sur soi.

 

2 commentaires

  1. Posté par Sr Claire-Marie Jeannotat le

    J’ai lu et j’apprécie ce qu’écrit M. Windisch. Cela m’éclaire aussi sur mon propre engagement dans la blogosphère. C’est vrai qu’il me semble que les notes publiées dans la Tribune de Genève, me semblent très orientés vers Genève, politique, Canton, people. Sans trop mettre en exergue ce qui existe au-delà des frontières. Pourtant que devient « la Genève internationale »?

  2. Posté par François Etienne le

    Uli, bonjour ! Mes félicitations pour ce blog abordant une panoplie de thèmes actuels, introuvables ou tout du moins tronqués dans les médias officiels.

    Le 4e pouvoir muselle l’information démocratique et le sens critique d’une population anesthésiée par son boulot, son métro, son dodo et ses loisirs. Aussi longtemps que le train-train se déroule sans heurt, tout va bien et le socialisme, type Etat-Providence, trouve beaucoup d’adeptes. Mais quand un grain de sable perturbe ce mécanisme factice, alors ce peuple à majorité grégaire se réveille fâché !

    Les Twitter, FaceBook & Cie facilitent la circulation de l’information mais en aucun cas ne peuvent remplacer l’analyse propre, la réflexion. Nous sommes ainsi dans une société de l’émotion immédiate et extrêmement furtive, le tout emballé dans un coffret commercial avec des bénéfices tombant du côté de Los Angeles, San Francisco …. La vraie démocratie, le dialogue, le constructif ne peuvent en aucun cas prospérer dans un climat du binaire. La grande confusion médiatico-politique du moment confirme l’inadéquation entre le peuple et ses élites.

    Les Observateurs.ch offre une magnifique opportunité d’aborder des sujets camouflés par la RTS, tant le formatage découlant de la Pensée unique est encore puissant.

    Félicitations réitérées et meilleur souvenir.

Et vous, qu'en pensez vous ?

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