Dossier. Expatriés : pourquoi ils partent

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Imaginez la ville de Pau entièrement déserte, vidée de ses 80 000 habitants. Cela représente, à quelques âmes près, le nombre de personnes qui ont quitté la France l’année dernière. Sans doute, pour une partie d’entre eux, après avoir lu l’impressionnante littérature sur l’expatriation, ses raisons profondes… et ses délices. Pourquoi je vais quitter la France (Jean-Philippe Delsol, Tatamis), Je suis venu te dire que je m’en vais (André Bercoff, Michalon, lire notre entretien page 42), Sauve qui peut (Éric Brunet, Albin Michel)… Depuis six mois, les livres de ce type — de véritables appels à quitter notre pays — se multiplient, comme les rapports sur ce phénomène qui touche de plus en plus de Français.

Aujourd’hui 2,5 millions de nos compatriotes vivraient durablement à l’étranger. Ce chiffre est en progression constante depuis 2006, et de 3 % depuis un an. « PricewaterhouseCoopers prédit qu’ils [les expatriés, NDLR] seront plus de 3 millions d’ici à 2020 », écrit André Bercoff. Ce mouvement d’expatriation n’est donc pas près de se tarir : le solde migratoire, différence entre ceux qui partent et ceux qui arrivent, est négatif à hauteur de 80 000 personnes, selon “L’expatriation des Français, motivations, préférences, coût pour l’État”, une étude publiée par Contribuables associés ; c’est la seconde édition de cette enquête. Son diagnostic est sans appel : Jean-Paul Gourévitch, l’auteur de cette étude, conclut que l’expatriation représente pour l’État un déficit annuel d’environ 10 milliards d’euros !

Pour Contribuables associés, deux types de raisons expliquent l’expatriation vers un pays tiers. Des facteurs structurels liés à la mondialisation grandissante de l’économie. En 2000, 2,9 % de la population mondiale vivait hors de son pays d’origine, en 2010, c’est 3,1 %, soit 214 millions d’individus : « L’émigration n’est plus un système binaire où l’on choisit de s’installer définitivement dans le pays d’accueil ou de revenir au pays d’origine, mais une étape dans un parcours diversifié qui peut comporter des allers-retours, des circuits et des stopovers », explique Jean-Paul Gourévitch. Il y a également des facteurs conjoncturels : certains poussent à partir, comme la recherche d’un pays où la liberté d’entreprendre est importante, d’autres, comme les facilités administratives liées à l’existence de l’espace Schengen et à l’amélioration des transports, sont des incitations à émigrer.

Le cas français est à part, relève Contribuables associés. Malgré de nombreux atouts liés notamment à son système éducatif, à son système de santé et à ses pôles d’excellence (aéronautique, luxe, etc.), l’expatriation aurait de nombreux motifs (économiques, fiscaux, sociaux, sociétaux, politiques, religieux) : « Les Français acceptent mal le modèle de société dans lequel ils sont immergés, voient mal le cap que leurs dirigeants veulent fixer et ne se satisfont pas de vivre au rythme d’une alternance où chaque pouvoir commence par détricoter les réformes mises laborieusement en oeuvre par le pouvoir précédent. »

Certains Français osent franchir le cap et partent. Mais à quel coût pour la France ! Les pertes liées à l’émigration (coûts éducatifs engagés par l’État pour des personnes qui s’expatrient finalement, perte de PIB, etc.) sont en effet largement supérieures aux gains (économies sur des financements comme les allocations chômage, taxation de l’expatriation par l’État, etc.). Au total, le déficit annuel de l’émigration serait supérieur à 7 milliards d’euros en France !

L’émigration entrepreneuriale et de main-d’oeuvre est la plus importante : elle concerne 59 % des expatriés. Il y a bien sûr ceux qui sont envoyés à l’étranger par leur employeur — entreprise privée ou publique. Ces personnes considèrent souvent l’expatriation comme une chance pour leur carrière, mais il y a également ceux qui ont une activité libérale et qui se sentent pénalisés en France. « Ils envisagent rarement de revenir, sauf si la plus-value acquise sur place est susceptible de générer des dividendes au retour dans leur pays d’origine », constate Jean-Paul Gourévitch. Parmi les pays les plus recherchés : la Chine, Dubaï et la péninsule arabique, Singapour, les États-Unis et le Canada.

Parce que ce type d’émigration ne concerne que les actifs, l’État perdrait chaque année près de 1,6 milliard d’euros en impôt sur le revenu, en impôt sur les sociétés, en droits de succession, en TVA et en cotisations sociales ! Ce man que à gagner pourrait être plus important dans les années à venir, car la proportion d’expatriés à hauts salaires (plus de 76 000 euros annuels) progresse rapidement : 27 % de la population émigrée en 2013, contre 22 % en 2003. Ce n’est donc pas une surprise si Londres et le Canada organisent régulièrement des réunions d’information en France pour présenter les avantages à venir s’installer chez eux....Lire la suite...

@FredPaya

@Valeurs


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2 commentaires

  1. Posté par Pierre-Henri Reymond le

    Bénéficiant de rentes de l’AVS et du deuxième pilier je suis plein de gratitude. Mais…
    Mais quel rapport y’a t’il entre ceux qui ont initiés de telles mesures et des écriteaux stupide? Tels que celui qui stipule qu’il est interdit de plonger, et interdit de nager? Entre l’interdiction de placer des parasols à tel endroit et sous un prétexte dérisoire. Et celle de vendre du café dans un petit stand de la place des Alpes! Et toutes les niaiseries dont la presse nous informe chaque semaine!
    Et le fait qu’un pucier se voie rabrouer par un fonctionnaire inculte parce qu’un carton dépasse la limite! Que dire des règles à observer dans la gare, de Cornavin? J’ai renoncé à faire l’inventaire des stupidités dont chaque fois que je sors de mon appartement un exemple m’est infligé.
    La presse ne relaie pas le ras-le bol. Mais je n’entends que ça! Trois autorisations et l’adéquation à 14 règlements pour poser trois mètres de tube en PVC! On croit rêver, mais ça devient un cauchemar. Je me souviens de ce paysan accablé de paperasse. Il doit faire avec son temps? Et qui le fait, ce temps? Il arrive comme ça? Tout seul? Et l’état se préoccupe de ce que les expatriés coûtent? C’est qui, l’État? Une administration tentaculaire qui n’a d’autre soucis que d’assurer sa pérennité? Qu’elle vienne à Bangkok, cette administration! Il y en a à interdire ici. En y pensant je vois passer chaque jour mille futurs chômeurs! À commencer par les grilleurs de saucisses. Qui laissent leur charette devant l’arrêt d’autobus. Autobus qui s’arrête en double file. Sans qu’un panneau invite les automobilistes à s’arrêter, car ils le font sans!
    Toute notre règlementation merdique ne nous touche pas? Mais elle crée un esprit lourd et pesant. Pas bon pour la santé. Il faut donc interdire de fumer! Mais le ver était dans le fruit déjà dans mon enfance. Défense de cracher!
    Au fond, c’est simple! Notre « civilisation » est un terreau fertile pour les musulmans intégristes! Le fruit est mûr! Notre Allah a nous n’aime pas qu’une terrasse de bistrot dépasse les limites fixées par son prophète démocratique!

  2. Posté par marcel clerc le

    2,5M. d’expatriés français pour 65M. d’habitants ça fait beaucoup moins que 716’000 expatriés suisses pour 8M. d’habitants! Faites donc une enquête sérieuse sur les raisons de ce 10% de la population qui vit à l’étranger et dont je fais partie. Le ras le bol existe aussi en Suisse!

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