Vignette: un dossier épineux pour les lobbies des deux camps

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Les lobbies pro- ou anti-voiture peinent à se faire entendre au sujet de la future votation du 24 novembre sur la vignette.

Après une dizaine d'années de pause, les lobbies routiers font leur retour sur le devant de la scène fédérale à la faveur de la votation du 24 novembre sur la vignette. Qu'ils soient pro- ou anti-voiture, les groupes d'intérêts voient généralement leurs propositions se faire écraser, contrairement à celles des autorités.

Le référendum contre la hausse du prix de la vignette est la première votation fédérale portant sur le trafic routier depuis février 2004. Une majorité de 63% des votants avait alors rejeté le contre-projet à l'initiative "Avanti", qui prévoyait une extension du réseau des routes nationales avec un second tube au Gothard.

Le Conseil fédéral et le Parlement avaient alors encaissé une défaite inhabituelle, car la plupart du temps, le peuple suit les autorités en matière de trafic routier. Depuis les débuts du trafic motorisé de masse, à la fin des années 1950, à part "Avanti", il n'est arrivé que trois fois - en quelque 30 votations - que le souverain ne suive pas les recommandations des autorités.

Le peuple a ainsi refusé, en 1961, la surtaxe sur les carburants pour le financement du réseau des routes nationales, après avoir massivement accepté, en 1958, la construction des autoroutes.

En 1988, et malgré 20 ans de travaux préparatoires, la politique coordonnée des transports a aussi subi un échec. Une majorité de la population avait été sensible aux avertissements contre un "pillage du porte-monnaie des automobilistes".

"Röstigraben" automobile

De manière surprenante et aussi contre l'avis du Conseil fédéral, l'initiative "pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit" (initiative des Alpes) avait obtenu une courte majorité en 1994. Comme souvent dans les votations qui concernent l'environnement et le trafic, les Romands, traditionnellement plus favorables à l'automobile, avaient alors été majorisés par les Alémaniques.

Un tel "Röstigraben" avait déjà divisé le pays lors de l'acceptation du port obligatoire de la ceinture de sécurité en 1980, de la vignette et de la redevance poids lourds en 1984, et de la taxe sur les carburants en 1993. A l'inverse, seule la Suisse romande avait approuvé l'initiative pour des limitations de vitesse à 130/100 en 1989.

Jusqu'ici, l'initiative des Alpes, en 1994, reste la seule votation populaire ayant réussi à imposer des limites à la croissance continue des besoins de mobilité et à ses inconvénients. Mais elle n'est toujours pas réalisée. Depuis le milieu des années 1970, les milieux environnementaux ont pourtant appelé le souverain à se prononcer plus d'une dizaine de fois sur de telles revendications.

Echecs pour les anti-voiture...

En 1977, l'initiative "Albatros" contre la pollution de l'air, la première véritable initiative "verte", avait échoué. En 1978, les ayants droit avaient rejeté les initiatives pour douze dimanches sans voiture et pour plus de "démocratie dans la construction des routes nationales". En 1986, le texte en faveur d'une imposition "plus juste" du trafic poids lourds avait fait naufrage.

En 1990, deux autres propositions n'avaient pas trouvé un écho plus favorable devant le souverain: les trois initiatives dites du "trèfle à quatre" contre certains tronçons autoroutiers planifiés et celle contre le bétonnage, qui demandait de geler l'ensemble du réseau routier à son état de 1986.

En 2000, une initiative exigeant la réduction de 50% du trafic motorisé en l'espace de dix ans avait été rejetée. Même sort en 2001 pour un texte demandant le 30 km/h dans les localités et en 2003 pour une nouvelle tentative en faveur de dimanches sans voiture.

...et pour les pro-voiture

Dans le camp opposé, le bilan n'est pas plus rose, au contraire. Le père de l'initiative pour le 130/100 km/h, le journaliste automobile Bernhard Böhi, avait ainsi lancé cinq autres textes entre 1985 et 1991. Ceux qui demandaient l'abolition de la vignette et de la taxe poids lourds avaient certes abouti, mais M. Böhi les avait retirés en raison de leurs faibles chances de succès. Pour ses trois autres initiatives, il avait déjà échoué au stade de la récolte des signatures.

En 1998, quatre initiatives lancées par le Parti de la Liberté pour lutter contre les bouchons n'avaient jamais été soumises au peuple, pour les mêmes raisons. En 2001, l'initiative "Avanti", du TCS, avait abouti, mais elle avait ensuite été retirée au profit du contre-projet, lui-même rejeté en votation.

Nouvelle votation en vue

Le lobby automobile a déjà un nouveau projet sur le feu. Avec l'initiative "vache à lait", lancée en mars, un comité bourgeois demande que les impôts, taxes et redevances payés par les automobilistes aillent entièrement à la route.

Le Parti des automobilistes, qui était déjà donné pour mort et qui s'est renommé Parti de la Liberté entre 1994 et 2009, refait aussi parler de lui. Depuis mai, il récolte des signatures en faveur de trois initiatives: pour la réintroduction des 130 km/h sur les autoroutes, pour l'extension de certains axes névralgiques, et pour réserver à la route les fonds alimentés par la route, semblable à l'initiative "vache à lait".

Référendum déjà annoncé

Et en février 2014 déjà, le projet de fonds de financement des infrastructures ferroviaires (FAIF) sera mis en votation. Il concerne aussi les automobilistes, car il prévoit une réduction des déductions fiscales pour les frais de déplacement des pendulaires.

En 2015 enfin, la construction d'un second tube au Gothard pourrait à nouveau être soumise au peuple. Les opposants ont en effet déjà annoncé le référendum contre le projet qui sera soumis prochainement au Parlement.

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